Louis RAFFY — 1868-1931

Musicien (Trop) modeste et un grand-père

Avant-Propos

Je suis la petite fille de Louis Raffy et je tiens à être franche : je n’ai jamais connu mon grand père qui est mort très longtemps avant ma naissance, même si j’en ai beaucoup entendu parler en famille ou par des témoignages extérieurs (et même encore assez récemment). Mais quand on est petit, on prend parfois les choses comme allant de soi, et on ne note pas tout ce qui devient important après coup, quitte à le regretter. Il y a aussi des choses que j’ai oubliées, d’autant que mon père et mes tantes étaient assez discrets sur cette période de leur vie qui avait souvent été très difficile.

Ayant pris assez tardivement ma décision d’écrire cette courte plaquette, je n’ai pas eu non plus le temps d’interroger les institutions qu’il a fréquentées (à Casteljaloux, Agen et Toulouse entre autres) ni surtout des musiciens ou organistes qui le jouent encore ce qui aurait donné un côté plus précis à mon récit. Mais, comme pour leur trente ans les Amis du Vieux Nérac souhaitent aussi avoir des témoignages sur la vie à Nérac dans les temps passés, je vais essayer d’apporter ma contribution sous cet aspect là également, en présupposant que la vie à la campagne à Laroque-Timbaut n’était guère différente de la vie à Nérac à la même époque…

Environnement familial

Sa mère, née Fannie Durand était appelée « Bonne Maman » par toute la famille, comme il était d’usage à l’époque et faisait « tout le temps la cuisine et des pâtisseries » d’après l’une de ses petites-filles, car il y avait tout le temps du passage à la maison. Son père, Jean Raffy, du peu que je sais de lui, était à la fois facétieux, tendre et compréhensif avec ses enfants. Par exemple quand le frère aîné de mon grand père, Eudore, ayant pris sa musette pour aller à l’école de bon matin, mais, en route, ayant trouvé l’herbe tendre, l’ombre des bois agréable et la nature accueillante, avait dévié de son chemin, longuement rêvassé et finalement pensé qu’il était l’heure du « dîner » (déjeuner de nos jours) et avalé son casse-croûte, puis attendu une heure qu’il croyait décente et assez tardive pour rentrer à la maison sans se faire repérer… Eudore, donc, s’était retrouvé à la maison à l’heure du déjeuner où tout le monde avait les pieds sous la table ! Et avait crânement annoncé que l’école était finie! Alors, au lieu de se fâcher, son père avait éclaté de rire, l’avait pris sur ses genoux et embrassé en lui disant qu’il était seulement midi et qu’il pouvait recommencer à « dîner » avec ses parents ! Les parents Raffy étaient donc débonnaires et compréhensifs.

Jean Raffy adorait aussi jouer des tours et faire des blagues. Même quand on récitait la prière quotidienne ; Bonne Maman commençait : « Pater Noster… » et son mari interrompait aussitôt « Ah il ne faut pas oublier de rentrer la charrette de foin… », « Qui es in coelis… », « Parce que tu sais, l’orage menace… », « Sanctifecetur… », « Ce serait désastreux… », et ainsi de suite !

Je ne sais quelles études — comme on le dirait maintenant — avait fait les parents de Louis Raffy mais sans doute étaient-ils allés (mais jusqu’à quel âge ?) à l’école, et probablement à ce qu’on appelait « l’école libre », c’est à dire catholique. C’est peut-être pour cela qu’on récitait le Pater en latin, mais après tout, la messe et tous les offices religieux étaient dits en latin jusque dans les années soixante et Jean XXIII…

Le nom d’Eudore mérite aussi une explication : quelqu’un (son oncle curé ?) avait fait lire les Martyrs de Chateaubriand à Bonne Maman qui, dans son enthousiasme , avait appelé un de ses fils Eudore (au grand dam de cet oncle curé, car ce n’était pas un nom de saint !) et ensuite avait voulu appeler une de ses filles Simodocée mais là, l’oncle avait été très ferme et avait eu le dernier mot : ce fut Lucie !

C’est donc dans une famille croyante, unie, aimante mais aussi facétieuse, que mon grand-père a passé une enfance somme toute gaie et heureuse, même si les temps étaient sans doute très durs à la campagne dans la 2e moitié du XIXe siècle. En tout cas je sais que, plus tard, à l’âge adulte, Louis et Eudore étaient toujours très heureux de se retrouver avec tous les autres membres de la famille dans leur maison natale, et qu’ils s’entendaient très bien et s’aimaient beaucoup. Et ils faisaient perdurer la tradition des blagues et farces ; il paraît que mon grand père, qui adulte avait beaucoup de soucis et était considéré comme un homme très sérieux voire triste, « piquait des fous-rires » et s’amusait comme un fou quand il revenait au nid familial, avec ses frères, sœurs et beaux-frères. Ils y jouaient (improvisaient) aussi des pièces de théâtre sur le perron ! (Avec quelques voisins comme spectateurs !)

Louis Antoine Raffy

Louis (Antoine) Raffy est donc né à la maison, le 11 octobre 1868, à 10 heures du soir, le dernier de 5 enfants. Tout petit il a montré un très grand intérêt et des dons particuliers pour la musique. Or, à ma connaissance, il n’y avait pas d’autres musiciens dans la famille. Je ne sais pratiquement rien de ses études, sinon que, comme ses frères et sœurs, il a dû aller à l’école à Laroque-Timbaud d’abord. Mais en octobre 1877 (à 9 ans !) il est entré au Séminaire d’Agen, (sans doute sous la protection de son frère aîné Paul, qui était déjà prêtre), et en janvier 1881 il est aussi admis à la maîtrise de la cathédrale d’Agen. Il a étudié l’orgue avec des maîtres très sérieux qui lui ont donné les bases classiques nécessaires pour construire son œuvre. En tout cas un petit cahier témoigne qu’on lui avait parlé des grands maîtres classiques (Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert ou Clementi, maître de tous les pianistes, mais aussi de façon plus inattendue J. Field (oublié par la suite et redécouvert à la fin du XXe siècle), Dussek, Hummel). Le nom de Dumont figure aussi dans un cahier d’étude, preuve du soin apporté à la culture musicale. Et les messes de Dumont figurent dans ses programmes de concert.

De ces années d’étude, je conserve encore quelques cahiers d’arithmétique et de versions et thèmes latins entremêlés d’essais de paraphes « Louis Raffy », et de belles clefs de sol ! Un petit cahier de « Révision d’histoire Eclesiastique (sic) », un petit livre des professeurs et des pianistes de A Rebecq (préfacé par Widor). Un cahier est même attribué à Ludovicus Antonius Raffy ! Un autre se termine par une superbe carte des fleuves de France, magnifiquement dessinée et… qui frappe par l’absence de l’Alsace-Lorraine : nous sommes après la guerre de 1870 ! Sur ce même cahier sont répertoriés les « Grands Hommes de France » ; pour le Lot-et-Garonne figurent Scaliger, Lacépède, B. Palissy, Jasmin, de Saint-Amans et Bary de Saint Vincent pour Agen, et Mme Cottin pour Tonneins, c’est tout !!!

Ensuite, en octobre 1885, à 17 ans donc, il est devenu professeur au pensionnat Saint Louis de Casteljaloux. Il avait obtenu son Brevet Élementaire le 28 octobre de cette même année à Mont-de-Marsan (je ne sais si le diplôme précède ou suit la nomination !) Les dates viennent du « Carnet de dates de la famille » de ma grand mère dans cet ordre. Période interrompue par le « régiment » en 1889, mais Louis Raffy est revenu à Casteljaloux en octobre 1892 pendant un an : il appréciait M. Lacapère (le directeur ?) avec qui il « (se) donnait un brin de rire pendant les longues soirées d’hiver ». Et il semblerait que le curé de Casteljaloux lui ait permis de tenir l’orgue : « mon rêve ». Il avait refusé la direction de l’école libre de Nérac « la raison majeure est que je suis encore trop jeune et sans expérience pour prendre la responsabilité d’une école comme celle-là ».

(Je ne sais rien d’autre de cette période, mais ce devait être purement alimentaire, car il n’a jamais beaucoup aimé enseigner, lui qui a produit deux génération d’enseignantes !)

Donc, comme tous les jeunes gens de sa génération, il a fait presque 4 ans de service militaire dans un régiment d’artillerie de Toulouse où il est resté du 13 novembre 1889 au 19 septembre 1893 et où il s’est fait un ami pour le restant de sa vie. Heureusement pour lui, son fascicule militaire précisait qu’il devait être libéré de tout service en septembre 1914 ! (après plusieurs passages dans la réserve territoriale jusqu’en 1905). Le livret militaire est intéressant car il apporte des précisions de tous ordres : « sait lire et écrire », nous nous en serions douté mais ce n’était pas le cas de tous à cette période ; par contre rien sur ses dons musicaux, il était pourtant dans la musique de son régiment, je le savais et il est mentionné comme « soldat musicien » sur son certificat de « bonne conduite ». Il est aussi qualifié de « bon marcheur » ! de plus il a obtenu son « brevet d’escrime ». Le livret militaire nous donne aussi des indications physiques précises : taille : 1 mètre 660 mm (sic), cheveux et sourcils châtain foncé, front découvert, visage ovale, menton rond…

La vie Néracaise

Libéré du service militaire, il revint donc enseigner à Casteljaloux, mais en 1894 — et ce fut le tournant de sa vie — il fut appelé à Nérac comme organiste de l’église Saint Nicolas et vint naturellement habiter la ville où, je crois, on reconnut tout de suite ses qualités, en particulier de musicien.

Et à l’époque, une famille néracaise dont la fille était mariée à un bordelais et avait 7 enfants dont une aînée, Germaine, en âge « de prendre époux », une rencontre fut organisée, selon les usages de l’époque. Mais cette jeune fille avait du caractère et n’avait pas du tout envie de troquer la vie bordelaise pour la vie d’une petite ville provinciale comme Nérac ! Cependant, bien obligée d’obéir, elle vint à Nérac avec ses parents et sa sœur cadette et la rencontre eut lieu. Louis et Germaine développèrent spontanément une certaine… défiance l’un vis à vis de l’autre ! Toutefois, Louis Raffy tomba immédiatement sous le charme de la douce Andréa, la cadette, et demanda (et obtint facilement) la main de celle-ci : le mariage « désarrangé » devint ainsi réellement mariage d’amour ! Qui eut lieu à Bordeaux en 1899. Trois filles naquirent très vite puis un fils.

La famille Raffy louait une maison qu’ils aimaient beaucoup et qui existe toujours rue Lacaze (à l’époque), avec un jardin (où Louis Raffy cultivait des fleurs mais aussi des légumes, indispensables pour élever la famille) ! Cette maison avait un pigeonnier, et c’est en souvenir d’elle que mon père a tenu à avoir un pigeonnier quand il a fait construire sa propre maison pour sa retraite ! Et quand « Bonne Maman » venait à Nérac elle avait donné un nom de lieu saint à chaque partie du jardin et disait à ses petits-enfants « petite, va chercher le tricot que j’ai oublié à Béthanie ou le panier qui est resté à… » Il y avait aussi assez de place pour un atelier de menuiserie, autre passe-temps de mon grand-père : j’ai toujours des étagères surmontées d’une lyre à la dimension des partitions. Je me suis toujours demandé comment en étant organiste il osait ainsi risquer de perdre un doigt… Mais c’était ainsi. Ils ont dû déménager quand la maison a été vendue (vers la fin des années vingt ?) pour aller à leur grand regret au coin de la rue Bourges, « maison où c’est l’hiver toute l’année » écrivait mon père, (maison que j’ai bien connue petite fille).

Mais faire vivre une famille de quatre enfants à Nérac au tout début du XXe siècle était bien difficile pour un organiste. Même si Louis Raffy a échappé à la guerre de 14-18 ayant passé l’âge de justesse et aussi en tant que soutient de famille, et même si ma grand mère a échappé de justesse à la terrible grippe espagnole de 1918. Terrible période pour tous, où ils ont dû se séparer d’une de leur fille qui a été envoyée chez son oncle Eudore pendant un an, tant la famille avait du mal à subsister.

Un organiste d’exception

Louis Raffy a dû (sans enthousiasme du tout) ajouter des leçons de piano (et d’orgue) à ses nombreuses tâches. Les cours — d’une heure en général — avaient lieu de 9 h 30 ou 10 heures à midi et de 15 ou 16 heures à 19 heures du lundi au samedi inclus ! Soit une trentaine d’élèves. Louis Raffy allait parfois à domicile (à pied ou en vélo), mais souvent c’était les enfants qui se déplaçaient, de fort loin dans la campagne parfois. Et un jour que mon grand père, compatissant, demandait à un tout jeune élève arrivant mouillé et fourbu quelle distance il avait parcouru, il lui fut répondu : « 7 kilomètres, Monsieur, sans compter l’allée du château qui fait un kilomètre »… 16 km à pied pour les leçons de piano à 7 ou 8 ans (je crois). L’ histoire avait ému Louis Raffy au point qu’elle est restée dans la famille !

La plupart du temps les élèves venaient contraints et forcés par les parents et ne témoignaient d’aucun intérêt (sans parler de don) pour la musique. D’où ces derniers vers d’un petit poème doux-amer de Louis Raffy (dont j’ai bien sûr changé le dernier nom en essayant de garder la rime) : «
_ mais pour courir le nez en l’air
_ chez Sifignie ou chez Albert
_ je serai contre pour toujours
» !
Sifignie » était naturellement un surnom !)
Et il fallait bien sûr garder un carnet de comptes fastidieux, et même une liste des partitions prêtées !

Le travail d’organiste comprenait évidemment l’accompagnement des messes de tous les dimanches et fêtes, les Vêpres et la plupart des autres cérémonies, mais aussi des mariages et enterrements. À l’époque la Grand-Messe du dimanche était chantée même dans les petites paroisses (et le restera jusqu’après le Concile de Vatican II, dans les années soixante) ; l’organiste accompagnait donc toutes les prières en latin de la messe ainsi que les cantiques. Cela était souvent considérable. J’ai par exemple un programme manuscrit du Noël 1898 où il jouait ou accompagnait 20 pièces pour la messe de minuit ! (dont les célèbres cantiques Adeste Fideles, Minuit Chrétiens, mais aussi la Marche des Rois de l’Arlésienne, un morceau de G. Pierné et une de ses compositions en création… ), et le lendemain matin, il y avait encore 6 morceaux de musique pour la Grand-Messe et plusieurs autres pour les Vêpres ! Mais pour aussi bon chrétien qu’il ait assurément été, et très respectueux de la liturgie et des rites, Louis Raffy a pourtant beaucoup critiqué la très mauvaise qualité de la musique qui lui était parfois imposée (particulièrement celle des cantiques) !

Il fallait aussi faire répéter le choeur et pendant les cérémonies, essayer de maîtriser les écarts de « Melle Cantefort » (!!!) et transposer un demi-ton ou un ton plus bas ou plus haut au fur et à mesure des divagations fantaisistes de la chorale !!! Mais de temps en temps, Louis Raffy était récompensé par la reconnaissance d’un visiteur de passage qui avait entendu ce talent-là aussi et le complimentait sur ses qualités et son art des transpositions imprévues !

Un organiste talentueux reconnu de tous

Un de ces visiteurs a été le célèbrissime pianiste Francis Planté (né à Marquèze dans les Landes, brillant 1° prix du conservatoire de Paris, reçu par Rossini, Liszt ou Thalberg). Certains de ses vieux 78 tours sont encore gravés en CD. Il est venu à Nérac en 1916 donner un concert de « secours aux blessés militaires » qui ne comportait pas moins de 15 morceau ! Il a vécu très âgé et sur la fin de sa vie ne donnait plus que des concerts peu éloignés de sa résidence de St Avit. Quand il venait jouer à Nérac, il demandait à ce que Louis Raffy soit invité et parfois se tournait vers lui : « pour vous, Raffy » disait-il avant un trait difficile ou un passage particulièrement intéressant ! Ils ont entretenu une petite correspondance et dans une lettre F.P. dit à propos de la Méthode de Piano que Louis Raffy lui a dédicacée : « Je vous félicite… Je vais la mettre entre les mains de mon dernier petit-fils, c’est dire toute la confiance qu’elle m’inspire ».

Louis Raffy fut rapidement reconnu par ses pairs comme un excellent musicien : il connaissait bien sûr l’organiste Schluty… à Agen, mais bien d’autres aussi comme en attestent les nombreuses lettres venant de France et de l’étranger. Car il composait beaucoup, principalement pour l’orgue naturellement, et a été rapidement publié par les éditions de l’Abbé Delépine, à Arras (puis à Paris), devenues les éditions de la Procure qui existaient encore il y a peu.

Sa rigueur était légendaire « Ne rien laisser passer qui ne soit correct. C’est justement à cause de sa difficulté que je dois reprendre ce trait ». Il travaillait énormément et avait à domicile un piano sur lequel avait été arrangé un pédalier, qui est peut-être encore dans quelque grenier à Nérac, car ma grand-mère l’a donné à un organiste successeur ! Il devait aussi préparer ses partitions à l’aide d’un « tire-ligne autocopiste » ! Ses manuscrits sont absolument splendides de netteté et de précision. Et il prenait grand soin de relier lui-même (autre passe-temps) ses partitions et celles des grands maîtres.

En 1923, il a reçu le premier prix de composition religieuse de la Procure à l’unanimité du jury composé de… Louis Vierne, Eugène Gigout, Emile Wambach (directeur du Conservatoire national d’Anvers) et Ph. Bellenot (maître de chapelle à St Sulpice) !

Sa grande œuvre fut sans doute sa « Méthode pour Orgue et harmonium » (1) pour laquelle il a obtenu l’approbation et la reconnaissance de musiciens célèbres. Alexandre Guilmant « C’est un ouvrage sérieux et bien gradué, contenant d’excellents exemples. Je le crois appelé à rendre de véritables services… Je suis très heureux de vous féliciter pour cet excellent travail en vous souhaitant tout le succès qu’il mérite » ou pour son recueil de musique d’orgue : « Cet ouvrage renfermant d’excellents morceaux sera très utile aux organistes… Vous avez souvent fait usage du style fugué ou d’imitation, le meilleur pour l’orgue ». Charles Marie Widor a également envoyé « toutes ses félicitations ». Et tous les éditeurs ont accepté la publication d’extraits d’œuvres de leurs compositeurs (y compris le fils de C. Franck). Seul Massenet, mais il a pris la peine de l’écrire lui-même, n’a pu accepter de citation de ses œuvres car « (son) traité avec le Ménestrel ne (lui) permet rien en dehors de cette maison, jamais je n’en ai été aussi désolé » !

Un des grands mérites de cette méthode (contrairement aux autres qui choisissaient des « piécettes ») est d’avoir choisi de « vrais » morceaux de grands compositeurs et de les avoir classés par difficulté croissante .

Louis Raffy a également entretenu une correspondance avec Théodore Dubois, musicien très en vue à l’époque (Membre de l’institut, Directeur du Conservatoire de Musique et de Déclamation… ) qui lui écrivait lors de la parution de la Méthode « Je suppose que les exemples qui n’ont pas de nom d’auteur sont de votre composition. Ils sont fort bien écrits et je me permets de vous adresser à leur sujet, mes compliments sincères ». Je crains fort qu’un portrait de lui, dédicacé et encadré, soit… quelque part au grenier…

Et encore une carte inattendue de Théodore Botrel qui promet à son retour de Suisse de « (vous) rimer quelques strophes en l’honneur de la grande française » c’est-à-dire Jeanne d’Arc… Je me demande si cet hymne a été composé pour une fête de patronage dont il reste une photo, avec une J. d’Arc martiale a souhait, sauf que mon grand père qui accompagnait la saynète au piano par derrière voyait surtout… le corset de la sainte patronne, car il n’y avait pas eu assez d’argent (ou de temps ?) pour faire un costume complet !!!

Sa renommée a valu à Louis Raffy des propositions prestigieuses, comme l’orgue de la basilique saint Sernin à Toulouse (et l’organiste néracais Pierre Labadie, qui tout petit a connu Louis Raffy, pense qu’on lui a aussi proposé l’orgue de la Madeleine à Paris, mais je ne sais rien sur cette affaire là). Alexandre Guilmant, semble-t-il, le pressait d’accepter ces offres. Je sais en tout cas qu’il a chaque fois été tenté, beaucoup hésité, et qu’il a finalement décliné la proposition craignant modestement, et parce qu’il était en partie autodidacte, de ne pas réussir assez bien, mais craignant aussi d’avoir encore plus de difficulté à élever sa famille dans une grande ville.

Une vie toutefois difficile

Dans les années 25 – 27, par besoin d’argent, il a été obligé de vendre les droits de toutes ses œuvres déjà publiées, en particulier :
– la méthode d’orgue
– les 5 volumes des Organistes célèbres et grands maîtres classiques (revue Ste Cécile)
– Pièces faciles et pratiques
– Pièces de concours(1911,1924)
– 10 puis 5 pièces (à Biton)
– 200 versets classiques
– La méthode de piano
– 6 volumes classiques pour le piano
– Hymne V Hugo
– Reflets de Vitraux

Je peux témoigner que certains/beaucoup de ces morceaux sont encore joués (et peuvent même être trouvés sur internet), et l’organiste et facteur d’orgue Michel Jouve m’a assuré que de le célèbre Michel Chapuis connaît bien la méthode d’orgue de Louis Raffy ; à Bremen (Allemagne), feu Anton Stiller qui fut organiste du grand Cavaillé-Coll de la cathédrale d’Auch jusqu’à sa mort, possédait cette méthode pour ses études et a été tout étonné en arrivant (pour enseigner) dans la petite ville de Nérac de savoir que c’était là qu’avait vécu et enseigné cet organiste et professeur !

L’extinction d’une flamme musicale

La fin de la vie de Louis Raffy a été assez triste, car il est tombé malade (pneumonie) alors que son fils était lui même éloigné de Nérac par la maladie depuis plusieurs années, et juste avant de pouvoir inaugurer comme prévu l’orgue Magen de St Nicolas qui venait d’être restauré sous sa surveillance par la maison Puget de Toulouse. Or Louis Raffy attendait cette restauration avec impatience car l’orgue de 23 jeux avait alors un récit incomplet : il ne possédait qu’une quinte et un plein jeu, ce que Louis Raffy déplorait. Il avait écrit une pièce pour violon et orgue qui a été jouée malgré tout le jour de l’inauguration, repoussée en juillet avec François Vidal organiste de St Sernin de Toulouse et Melle Baleton au violon.

Il s’est éteint le 2 avril 1931 (Jeudi Saint…) après 37 ans de fidélité à la tribune de son orgue, et pour ses obsèques, les orgues sont restées silencieuses …

Ma grand-mère a reçu des condoléances d’un peu partout dans le monde, y compris Hong-Kong, les États-Unis ou Madagascar à sa grande surprise !

L’abbé Marc disait des foules de la messe de 11 heures à Nérac « je ne m’y trompe pas, je sais bien que ce n’est pas moi qu’on vient écouter, mais l’organiste. Je n’en suis pas jaloux ; c’est pour la gloire de Dieu ! »

(1) Je tiens à préciser que Louis Raffy n’aimait guère l’harmonium en tant qu’instrument, le trouvant trop peu nuancé ; mais il lui a semblé utile d’étendre le champ de sa méthode à cet instrument. Il préférait l’orgue et en particulier les orgues anciens avec leurs tuyaux bien typés, et regrettait que l’orgue de l’ancien couvent du Paravis n’ait pas été installé à Nérac, comme il en avait été question en septembre 1794 « Cet orgue comportait certainement un cromorne bien cruchant et un cornet décomposé ; Vous auriez entendu comme cela sonne bien » avait il confié à P. Sicard qui rapporte ces paroles le 1er novembre 1957.

Notes bibliographiques

Lettres et documents de famille ;
Article de Pierre Sicard, membre de l’association française des Amis de l’Orgue paru le 1er novembre 1957 dans Sud-Ouest.

Petite fille de Louis Raffy